Les trois prétendants à l'investiture du PS pour la présidentielle de 2007 avaient pris place pour une dernière fois derrière les pupitres de bois clair, devant les deux journalistes Emilie Aubry (La chaîne parlementaire) et Emmanuel Kessler (Public Sénat), dans un studio de Saint-Cloud (Hauts de Seine).
A gauche de l'écran, Strauss-Kahn, cravate rouge, au centre Laurent Fabius, cravate bordeaux à pois, et à droite Ségolène Royal, comme souvent en veste blanche sur robe noire, pour évoquer l'Europe et les questions internationales.
Enfonçant le clou de son "non" au référendum sur la Constitution européenne, M. Fabius s'est déclaré "pour l'Europe par la gauche", détournant la formule de Mme Royal qui veut "une Europe par la preuve". "Si les Français ont voté non, c'est parce qu'ils veulent une Europe différente", a-t-il dit.
Comme on lui objectait que "le plan B" évoqué par les tenants du non n'avait jamais vu le jour, l'ex-Premier ministre a rétorqué que "le plan B, c'est le projet socialiste": révision des statuts de la banque centrale européenne, traité social, directive-cadre sur les services publics, traité strictement constitutionnel...
Il a fait valoir qu'ayant voté non, "à l'unisson des Français", il ne serait pas "le moins crédible pour expliquer que la position de la France doit être prise en compte".
Ségolène Royal a donné la priorité à "un grand projet européen qui touche la vie quotidienne des Français". Il faut par exemple que l'Europe "réussisse à lutter contre le chômage en luttant contre les délocalisations", en "se protégeant davantage à ses frontières", a-t-elle dit.
S'agissant d'un nouveau traité constitutionnel, elle a affirmé que, ce travail une fois accompli, "nous aurons, dans un texte court, à dire qui décide, comment on décide et avec quelles institutions".
Prônant à l'inverse de Mme Royal "une démarche globale", il a estimé qu'il fallait "tout mettre à plat" en Europe, y compris la politique agricole commune.
Les présidentiables socialistes se sont opposés mardi soir sur le dossier du nucléaire iranien, Ségolène Royal recommandant que Téhéran ne puisse pas "contrôler tout le processus nucléaire civil".
Après s'être opposés sur la relance de la construction européenne ou l'adhésion de la Turquie, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius se sont retrouvés pour contrer la position de la présidente de Poitou-Charentes sur le dossier iranien lors de leur dernier débat télévisé avant le vote des militants.
"J'ai en effet une vision plus prudente que mes deux collègues à propos de l'accès de l'Iran au nucléaire civil", a expliqué Ségolène Royal sur le plateau des chaînes parlementaires.
"Je maintiens ma position qui consiste à dire qu'il vaut mieux trouver des coopérations pour produire de l'électricité mais en ne permettant pas aux Iraniens de contrôler tout le processus du nucléaire civil", a-t-elle ajouté, revenant d'elle-même sur ce point alors qu'elle était interrogée sur l'opportunité d'une conférence internationale sur le Proche-Orient.
"On ne peut pas dire aujourd'hui aux Iraniens 'on vous demande de respecter le traité de prolifération que vous avez signé et donc ne pas faire de nucléaire militaire' mais en plus 'vous ne pourrez pas faire de nucléaire civil'", s'est emporté Laurent Fabius, prenant la parole en dépit des règles strictes du débat interdisant aux candidats de s'interpeller.
"Connaissant l'Iran comme nous le connaissons, ce sera une réaction iranienne extrêmement forte. On arrivera à ce résultat très paradoxal de souder le pays par nationalisme autour d'un président qui est un dictateur", a fait valoir l'ancien Premier ministre.
"Je crains d'être d'accord avec Laurent Fabius sur cette question", a souligné Dominique Strauss-Kahn.
L'ancien ministre de l'Economie a cependant trouvé un "point de désaccord" avec Laurent Fabius.
"Si nous ne voulons pas souder les Iraniens dans un refus, si nous voulons que le dialogue puisse aboutir (...) alors on ne peut pas considérer que leur président qui a été élu ne peut pas rencontrer le président français", a-t-il expliqué.
Ségolène Royal avait souligné quelques minutes plus tôt qu'il était important de "parler à tout le monde".
A propos de l'éventuelle entrée de la Turquie dans l'UE, Dominique Strauss-Kahn a estimé qu'il ne "faut évidemment pas suspendre" les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, tout en soulignant qu'Ankara était "très loin de remplir les conditions aujourd'hui".
M. Fabius a redit son hostilité, prônant "un partenariat privilégié", Mme Royal jugeant qu'il fallait "bien faire fonctionner l'Europe avant de l'élargir".
Elle a préconisé "une pause" dans l'extension de l'Europe à de nouveaux pays, dont la Turquie, rappelant que l'intégration d'Ankara se fera après référendum. "Comme j'ai eu l'occasion de le dire sous un certain nombre de quolibets, l'avis du chef de l'Etat sera alors l'avis du peuple français", a-t-elle lancé.
Autrement dit, elle n'a pas d'avis...

