Laurent Fabius, Ségolène Royal et
Dominique Strauss-Kahn ont exposé des conceptions différentes du socialisme, au cours d'un débat sans dérapage, devant plus de 4.000 militants PS jeudi à Toulouse.
A
une semaine du vote des adhérents pour choisir le candidat du PS pour l'Elysée en 2007, le premier secrétaire François Hollande, venu conclure les débats, a demandé à tous les socialistes de "voter massivement et librement", en se prononçant "en conscience"
"Ce que je veux croire, c'est que le successeur de François Mitterrand était là ce soir", a-t-il conclu sous les vivats alors que, selon les sondages, Mme Royal est actuellement la mieux placée pour battre Nicolas Sarkozy.
Entre les trois prétendants à l'investiture, l'unanimité a été la règle pour célébrer la victoire des Démocrates face au camp républicain de George Bush et stigmatiser, dans le berceau d'Airbus qu'est Toulouse, "la vente de stock-options au prix fort" (Mme Royal) par les ex-dirigeants d'Airbus-EADS.
Soucieux d'attirer les adhérents indécis, qu'on dit nombreux et hésiteraient entre lui et Royal,
Dominique Strauss-Kahn s'est gardé de toute critique de sa concurrente.
Il a demandé aux militants de
choisir sans se laisser "impressionner par personne, ni par l'extérieur ni par l'intérieur du parti". Il s'agit "de vous
forger une opinion tout seul, c'est ce qui fait la
force de la démocratie dans notre parti", a-t-il souligné.
En revanche, ce fut un duel entre Laurent Fabius et Ségolène Royal. Achevant sa campagne comme il l'avait commencée, l'ex-Premier ministre, très applaudi, a appelé tout le PS à "mener campagne socialisme et République déployés".
"Si la grande loi du socialisme s'atténue ou se tait (...) vers qui vont se tourner les déclassés, les faibles, les sans-espoir, les sans-droits ? Ils se tourneront du côté du pire, du côté de la droite extrême ou de vers l'extrême droite!", a-t-il lancé, plus tribun que jamais, et autant applaudi que sa rivale au PS.
Faisant allusion aux "jurys citoyens" de Ségolène Royal qui ont fait couler tant d'encre, il a opposé "la démocratie participative" à "la démocratie approximative".
Droite et immobile derrière son pupitre, Ségolène Royal, robe grise, veste blanche, lui a répondu sans faire de concession. "J'assigne à l'action publique une obligation de résultats, c'est le meilleur rempart contre le populisme", a lancé Mme Royal.
Tout en se référant plusieurs fois à François Mitterrand, elle a implicitement renvoyé son contradicteur parmi les hommes du passé, assurant qu'"on n'exerce plus le pouvoir aujourd'hui comme hier".
Il ne s'agit pas non plus de "substituer une technocratie de gauche à une technocratie de droite", a-t-elle ajouté, autre pique à Laurent Fabius.
M. Strauss-Kahn, lui, a réaffirmé son credo-social-démocrate, mettant en garde contre des promesses excessives qui ne pourraient qu'engendrer la désillusion et le retour de la droite au pouvoir
.
"La blessure que je veux réparer, c'est une gauche qui est élue, mais pas seulement une fois pour qu'au bout de cinq ans, les Français nous disent de rentrer chez nous!", a affirmé DSK, tout en défendant "une gauche destinée à changer la vie".
M. Fabius s'est aussi démarqué de Mme Royal sur sa conception de la décentralisation ("La France n'est pas une addition de régions"), le rôle de l'Etat ("l'échelon local ne suffit pas à remettre en cause la mondialisation financière").
Dans le département de la Haute-Garonne dont Lionel Jospin fut l'élu, il a rendu "hommage" à Lionel Jospin. Mme Royal a conclu en citant Mitterrand: "Soyons tranquilles et sûrs de nous!".
"Je crois que les militants socialistes et le Parti socialiste vont sortir grandis de cette transparence de ce débat interne et de ce vote qui, du coup, sera sans contestation. Et c'est, je pense, une grande première politique".
Laurent Fabius s'est félicité de "ces débats utiles, parce qu'ils ont donné une bonne image du PS". Selon l'ex-Premier ministre, "dès lors que les militants sont libres et jugent sur le fond, le jeu est tout à fait ouvert".
En progrès dans les sondages, Dominique Strauss-Kahn, premier à parler devant les militants, s'est déclaré devant la presse "assez confiant" sur la suite: "Je pense qu'il y aura un deuxième tour et un débat entre les deux tours".
Quant à ce que sera le score des différents candidats, "personne n'est capable d'avoir des prévisions réalistes, le jeu est assez ouvert", a-t-il affirmé.
Dans une allusion aux réticences de Mme Royal sur les débats internes, l'ex-ministre de l'Economie a eu cette phrase:
"Si on trouve que c'est trop long, trois débats en cinq semaines, qu'est ce que ça va être la bataille contre Nicolas Sarkozy ?".