Moins d'une semaine avant le vote des militants socialistes, la bataille pour l'investiture présidentielle s'est cristallisée autour des propos de Ségolène Royal sur les enseignants, réservoir traditionnel de voix du PS.
Dans un extrait d'une réunion de travail, filmé en janvier à Angers et diffusé sur internet au milieu de la semaine,
elle suggère - une "révolution", pour reprendre ce mots - que
les professeurs passent 35 heures effectives par semaine dans les collèges et lycées.
"J'appelle tout le monde à se calmer et surtout à aborder de façon sereine les problèmes de l'éducation, parce qu'il faut continuer à lutter contre l'échec scolaire", a dit la présidente de Poitou-Charentes, qui a répété qu'elle souhaitait "rester au-dessus de tout cela"
sans pour autabnt justifier ces propos.
A noter que cette nouvelle proposition ne rentre pas dans le cadre du parti socialiste.
Samedi, ses trois porte-parole sont revenus à la charge, dénonçant dans un communiqué commun une "méthode inqualifiable" et soulignant l'engagement "sans faille" de l'ancienne ministre déléguée à l'Enseignement scolaire en faveur de l'Education.
Les syndicats d'enseignants se sont déclarés
"surpris" des propos de Ségolène Royal tout en appelant à la prudence. "On lui demande toujours de clarifier", a déclaré à Reuters Patrick Gonthier,
secrétaire général de l'Unsa-Education.
"Le travail des enseignants ne peut pas être enfermé dans un cadre horaire rigide", a expliqué Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, pour qui il n'est pas "innocent" que cette vidéo soit diffusée à moins d'une semaine du vote.
On estime que les enseignants constituent entre 15 et 20% des militants du PS, appelés à départager Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius jeudi prochain.
Demander aux profs de rester 35 heures dans les collèges
"est une double stupidité politique", commente un conseiller de Laurent Fabius.
"C'est ne rien connaître au métier d'enseignants et donner un mauvais signal aux profs", ajoute-t-il.
Le fait que la polémique ait été lancée sur internet suscite les sarcasmes. Partisane d'une campagne "participative",
Ségolène Royal dit puiser ses idées sur son site "Désirs d'avenir". "C'est comme un boomerang", s'amuse un Fabiusien.
Dans un entretien au Parisien
Dominique Strauss-Kahn, candidat à l'investiture socialiste pour la présidentielle de 2007, affirme "
qu'on ne réformera l'école qu'avec les enseignants, pas contre eux".
Le député du Val d'Oise réagissait donc à une vidéo qui circule sur internet et dans laquelle sa rivale socialiste Ségolène Royal estime que les enseignants devraient être 35 heures par semaine au collège au lieu de donner des cours de soutien dans le privé.
"Dans notre pays, l'école ne joue plus assez bien le rôle d'ascenseur social. Les enseignants sont les premiers à le déplorer", souligne-t-il dans les colonnes du journal à paraître dimanche.
"L'effort à fournir est considérable. Il demande du travail, des crédits, mais surtout une détermination politique sans faille", estime l'ex-ministre de l'Economie et des Finances, ajoutant
:"J'ai cette volonté".
Evoquant les débats télévisés entre les candidats PS et dont Ségolène Royal assure qu'ils étaient destinés à la piéger, Dominique Strauss-Kahn raille une
"curieuse conception de la démocratie".
"La confrontation des idées est le meilleur service à rendre à la République", dit-il, estimant que
"cette campagne est tout à l'honneur du PS".
Prié de sire s'il croit "sérieusement" à un second tour des primaires au PS, il répond : "oui".
"Un deuxième tour, ce serait le gage que le candidat socialiste prendra en compte tous les avis".
"Dire qu'il faut à toute force une élection dès le premier tour, c'est vouloir avoir les mains libres vis-à-vis du PS", ajoute-t-il, se gardant de citer un nom.
Dominique Strauss-Kahn promet, s'il est au deuxième tour
"de démontrer sa capacité à rassembler, sans se renier. Je ne veux pas gagner contre quelqu'un, mais pour un renouveau" assure-t-il, tendant "déjà la main à toutes et à tous".
"Je partage avec Ségolène Royal l'envie de bouger la gauche, le nécessaire renouveau de la France, la confiance dans les Français. Je partage avec Laurent Fabius la préoccupation de l'union des gauches et le souci de la puissance publique", dit-il. "Mon deuxième tour rassemblera ces exigences".
Le premier tour est prévu le 16 novembre, et le deuxième le 23.
Ajout : Dominique Strauss-Kahn a jugé "tout à fait regrettable" lundi la diffusion sur internet d'une vidéo de Ségolène Royal sur le temps de travail des enseignants tout en estimant que, sur le fond, les propos de la présidente de Poitou-Charentes n'étaient "pas très sérieux".
"C'est tout à fait regrettable parce que cela n'apporte rien", a déclaré sur France 2 l'ancien ministre de l'Economie interrogé sur la vidéo qui a envenimé la fin de la campagne pour l'investiture présidentielle socialiste à quelques jours du vote des militants.
"Je pense que c'est tout à fait condamnable d'avoir diffusé cette vidéo mais c'est tout aussi condamnable d'accuser sans preuve les uns ou les autres de l'avoir fait", a expliqué l'ancien ministre de l'Economie. "J'ai bien vu qu'on accusait certains de mes amis sans aucune preuve".
"Il ne faut pas que systématiquement quand on fait une erreur dans ses déclarations on essaie de s'en sortir en disant que c'est la faute des autres", a poursuivi Dominique Strauss-Kahn.
Dans un extrait de vidéo diffusé la semaine dernière sur le net, Ségolène Royal suggère - "une révolution" - que les enseignants passent 35 heures dans leurs collèges afin d'assurer du soutien scolaire gratuit plutôt que dans des cours privés payants.
"C'est important de faire du soutien scolaire mais ce n'est pas vrai de dire que les enseignants ne travaillent pas assez. Ils travaillent le même temps, la même durée que la plupart des salariés de notre pays", a fait valoir Dominique Strauss-Kahn.
"Faire croire que dans notre pays que les enseignants ne sont pas des salariés à plein temps honnêtement, ce n'est pas très sérieux", a ajouté le présidentiable socialiste.
Les militants socialistes doivent départager "DSK", Laurent Fabius et Ségolène Royal lors d'un vote dont le premier tour est programmé jeudi. Un deuxième tour éventuel est possible le 23 novembre.